vendredi 27 avril 2012

Focus Video : J.Lo - Dance Again

Depuis son grand retour sur la scène (affirmé par le succès de On The Floor en 2010 et sa présence permanente à American Idol) ainsi que son absence (ou échec) sur les grands écrans, Jennifer Lopez a mis les bouchées doubles pour s'assurer une survie dans le milieu pop. Nouveau single produit par RedOne et accompagné par Pitbull, Dance Again a tout pour maintenir la dame bien à la vue. À défaut d'avoir opté pour la sécurité (reprendre essentiellement la même recette que sur On The Floor) ...

Dance Again le vidéoclip comprend somme toute tous les clichés possibles club : de l'orgie humaine kyliesque à l'explosion de glitters de tous bords tous côtés (littéralement) en passant par la principale concernée qui se déhanche comme s'il n'y avait plus de lendemain (en bonus, on a même droit à la publicité du tout dernier parfum de Lopez comme finale !). Pourtant, et là est le problème (parce que oui, il y a un problème avec le fait d'apprécier un vidéo de J.Lo), la chanteuse de 42 ans peut encore se permettre de jouer la cochonne sulfureuse. Elle demeure, pour une femme de son âge, encore magnifique et dotée d'un corps que bien des femmes (et hommes) envient. Parce qu'elle le fait aussi toujours dans un bon goût, Lopez se sort avec l'impression de ne faire aucun effort de ce genre de prouesses. Elle se caresse, se cambre et se fait aller la chevelure comme peu de jeunes minettes de la pop peuvent prétendre le faire.

Pendant que Pitbull jappe sa partie, il y a, comme tout vidéo de Lopez, le segment ''dansé''. Il est ici partagé avec le danseur et boytoy personnel de la chanteuse, Casper Smart. Si, au départ, la présence du nouveau futur mari de la J.Lo m'a légèrement agacé, il faut avouer qu'en regardant le vidéo plusieurs fois (oui, j'ai ce temps à perdre...), le tout fait du sens. En plus de son corps d'apollon et son allure de douchebag, Casper Smart ajoute ici une nouvelle dimension au propos de la chanson. Alors que Lopez s'est toujours assurée de mettre à l'avant-plan ses relations personnelles, il ne devient pas étonnant que lorsqu'elle clame son désir de ''dance and love and dance again'', Smart soit le mieux placé pour l'accompagner. La dernière partie où les deux dansent côtes-à-côtes (bon d'accord, Lopez est toujours légèrement devant Smart, preuve probable qu'elle est celle qui s'affirme complètement dans cette relation, ou bien qu'elle la contrôle, c'est selon) lors du dernier refrain est particulièrement touchant puisqu'il devient en plus d'un beau moment esthétique une véritable déclaration d'amour de J.Lo pour la danse, mais aussi pour Smart. C'est finalement lors de cette dernière séquence que l'image épouse enfin le contenu et que Jennifer Lopez s'affiche et s'affirme fièrement comme nouvelle amoureuse.






dimanche 11 mars 2012

Hollywood et les nouvelles héroïnes de films d'action


Je suis tombé sur un article plutôt intéressant sur le Web intitulé "A new generation of female heroes". L'article s'articule, comme son titre l'indique, autour des nouvelles jeunes héroïnes qui commencent à peupler le cinéma hollywoodien. On y énumère entres autres Saorsie Ronan dans Hannah, Chloe Moretz dans Kick-Ass et Hailee Steinfeld dans True Grit. Si l'auteure préfère surtout s'attarder sur la façon dont sont filmées les scènes d'action les mettant en scène, je n'ai pu m'empêcher de remarquer un point les concernant toutes sur lequel le texte ne dit malheureusement rien. Je parle ici du rapport au père.

Dans Hannah, la jeune fille est élévée et entraînée par son père. Lorsque son identité devient l'enjeu de sa quête, c'est la relation avec son père qui est la première remise en question. La jeune fille de Kick-Ass est sensiblement dans la même situation qu'Hannah à la différence près qu'elle est élevée dans un milieu urbain. Elle est une combattante et une guerrière des plus efficaces grâce aux enseignements de son père joué par Nicolas Cage. Si je n'ai pas vu True Grit, il semblerait que le conflit du personnage naît du désir de vengeance de la mort de son père.

Ce que je remarque de ces jeunes héroïnes, c'est que le père devient à la fois le lieu de l'oppression et de l'épanouissement personnel. Dans la plupart des cas, la figure paternelle les enferme dans une sorte de "rage contrôlée" un peu pour les transformer en bombe à retardement. Lorsque cette figure disparaît, les jeunes filles peuvent exprimer leur violence et leur force sans aucune restriction. L'épanouissement vient du fait qu'elles peuvent extérioriser une partie de leur inconfort intérieur. Et cet inconfort pourrait concerné l'idée qu'elles sont encore incertaines de leur identité (particulièrement de leur identité sexuelle). Dès leur jeune âge, elles se voient contraintes à incarner une masculinité qu'elle n'auront aucunement choisie. De là peut-être ce conflit avec le père. Parce qu'il incarne à la fois l'instaurateur de cette identité infligée, mais aussi son principal représentant. Afin de découvrir qui elles sont vraiment, ces héroïnes devront s'affranchir de la masculinité qu'incarne la figure paternelle.

mercredi 8 février 2012

Lana Del Rey : objet du féminisme



Encore une fois, l'excellent site Slant Magazine a publié un article sur la nouvelle sensation pop Lana Del Rey. Intitulé "Lana Del Rey's Feminist Problem", il m'a naturellement interpellé d'abord parce que le sujet fait partie de mes intérêts voire de mes grandes passions, mais aussi et surtout parce que la jeune starlette est pour moi la popstar la plus intéressante depuis des lunes.

Sans être particulièrement approfondi, le texte de Paul Rice fait néanmoins la lumière sur le "problème féministe" que représente Lana Del Rey. Il expose bien comment l'écriture de la jeune femme présente une féminité docile, soumise et désespérée. Ce qui semble en effet choquer, beaucoup plus que son image de Barbie en plastique, c'est "l'impuissance" de Del Rey face à l'autre, en l'occurrence ici, un homme. Le méchant, le bad boy. Depuis plus de vingt ans maintenant, les femmes chanteuses ne font que nous répéter qu'il faut "express youself", être "stronger than yesterday" et que le "girl power" est l'attitude à enseigner aux jeunes filles. Même quand il s'agit de sexualité, on nous a raconté que "shut up and drive" permettait ainsi de se la faire aller sans perdre le contrôle du volant.

Quand Lana Del Rey chante "It's you, it's you, it's all for you, everything I do" ça dérange. Parce que la chanteuse clame des idées qui semblent nous faire reculer des années en arrière, on la qualifie d'anti-féministe. Parce qu'elle préfère jouer à la jeune aguicheuse et s'offrir au plus disgracieux des bad boy, on la condamne. Et parce qu'elle préfère continuer d'aimer et pleurer sur son sort, on qualifie ses histoires de coeur de stupides.

S'il est vrai que les textes de Del Rey ont un air très adolescent dans leur "naïveté", reste que la sexualité et la "féminité" que dégagent la starlette à travers ses chansons (ne l'oublions pas, son son est gracieuseté d'Emile Haynie producteur oeuvrant surtout dans le hip-hop) sont précisément intéressantes parce qu'elles sont différentes de ce que la pop mainstream actuelle nous offre. D'ailleurs, plutôt que de constamment rejeter Lana Del Rey de toutes les sphères culturelles (elle est anti-féministe, elle est non-authentique, elle est non-talentueuse, etc.), il serait peut-être temps de plutôt s'interroger sur le rôle qu'elle pourrait jouer à l'intérieur de ces mêmes sphères, particulièrement la question féministe. Lui permettre de prendre part au discours et à son questionnement plutôt que d'en montrer les limites. Car à force de systématiquement condamner tout ce qui n'entre pas dans le "moule", c'est la culture (pop) qui rencontrera un cul-de-sac. De même que les amateurs de bonne musique.

Oui, Born To Die est pour moi un des meilleurs albums pop que j'ai eu la chance et le privilège d'entendre ces dernières années. La proposition de Lana Del Rey m'apparaît rafraîchissante, intéressante et surtout pertinente. La chanteuse américaine est selon moi injustement jugée et si sa place comme objet du féminisme est revendiquée, son statut de sujet devrait encore moins l'être.


mardi 24 janvier 2012

Inception : Nolan et le genre "féminin"



Lors d'une conversation avec un ami sur le genre féminin dans Inception, j'avais déclaré que le personnage joué par Ellen Page aurait pu être un personnage masculin. La raison était bien simple pour moi : Page n'incarnait pas à mon sens le "féminin". Pas n'importe lequel puisque la filmographie de Christopher Nolan nous a bien appris que la femme est soit mauvaise, soit nuisible à la quête du héros, un personnage masculin.

En effet, depuis Following les femmes mises en scène dans les films de Nolan sont constamment relayées à l'arrière-plan et n'ont que pour fonction de troubler l'univers du héros. Dans Memento, Carrie-Anne Moss profitait des troubles de mémoire de Léonard, Scarlett Johansson (et Piper Pirabo) ont renforcé la dualité entre les magiciens de The Prestige, Hilary Swank, malgré ses Oscars et son air de "flic parfaite" n'a fait que mettre des bâtons dans les roues de Al Pacino dans Insomnia. Même Rachel Dawes a causé la perte de Harvey Dent et a tourmenté Bruce Wayne.

Dans Inception, Nolan expose probablement son personnage féminin le plus nuisible et maléfique avec Mal (ai-je besoin de souligner le choix de nom du personnage ?). Morte, la dame incarnée par Marion Cotillard est ici présenté comme une partie refoulée du subconscient de Cobb, héros incarné par Leonardo DiCaprio. Enigmatique, dangereuse, manipulatrice, à la limite de la folie, Mal se manifeste ainsi dans les rêves du personnage principal comme une culpabilité refoulée par ce dernier. À mon sens, ce personnage féminin est la représentation suprême de l'image de la femme présente dans les films de Nolan.

Or, dans Inception est aussi liée au héros Ariadne jouée par Ellen Page. Le personnage en soi est à des kilomètres de l'archétype présent dans les films de Nolan. Ariadne joue véritablement un rôle d'adjuvant dans la quête du héros. Elle aide Cobb à créer les mondes des rêves en devenant son architecte (et une meilleure que celui qui la précédait !), elle confronte l'homme à propos de ses démons intérieurs et elle est celle qui "tue" Mal vers la fin du film, indice d'une possible fin pour l'archétype de Nolan.

Pourtant, le choix de l'actrice Ellen Page pour incarner Ariadne propose quelques problématiques, notamment celle du genre. Physiquement, c'est une actrice très petite, à la physionomie très "tomboy" pour ne pas dire de femme-enfant, et qui est très peu sexuée. Une seule scène nous présente Page avec une certaine sexualité : la séquence du "deuxième étage". Nous retrouvons l'actrice, les cheveux remontés en chignon (c'est la première et seule fois que ses cheveux sont attachés), vêtue d'un tailleur et de talons hauts. Elle est assise aux côtés de Joseph Gordon-Levitt et les deux s'échangent un baiser pour ne pas attirer l'attention sur eux. S'il est possible de penser que le personnage incarne ici davantage son genre, c'est un leurre. Page est carrément déguisée en ce qu'appelle l'auteure Yvonne Tasker, la "working girl". Bien loin d'incarner un genre féminin, cette figure du cinéma américain est un "passage" de la femme vers un environnement et un genre plus masculins afin de mieux s'y affirmer. C'est aussi ce que Ariadne tente de faire dans Inception, trouver sa place dans un monde d'hommes.

Ariadne rejoint ici la tradition de "Final Girl", notion développée par Carol J. Clover, d'un point de vue strict du genre. Tout comme les Laurie Strode des années 70 et 80, le personnage est finalement une femme dont l'absence de sexualité permet une identification du spectateur masculin ou féminin. En plus des particularités physiques de la jeune actrice qui contribuent à la confirmer dans un genre plus masculin et ainsi à assurer une identification du spectateur, les procédés narratifs mêmes du films pointent dans cette même direction. C'est-à-dire qu'avant même de s'attarder à l'image de Ellen Page, le personnage d'Ariadne sert précisément à permettre l'identification du spectateur. D'un point de vue strictement narratif, la présence du personnage permet au spectateur de comprendre les mécanismes complexes du procédé qu'emploi Cobb. Tout comme elle, DiCaprio nous apprend le fonctionnement des rêves, tout comme elle nous voulons connaître le passé trouble de Cobb et tout comme elle, nous éprouvons de la sympathie pour lui.

La présentation du genre dans Inception nous apprend plusieurs choses. Notamment la cohérence dont fait preuve le film entre son discours narratif et la représentation d'une de ses actrices. Mais aussi la déception personnelle que dans le cinéma hollywoodien (et Nolan en est la digne incarnation contemporaine), le spectateur éprouve encore les mêmes craintes face aux personnages féminins qu'il y a 30 ans.

samedi 19 novembre 2011

Critique : Rihanna - Talk That Talk


Sur le site Slant Magazine, le chroniqueur Matthew Cole faisait la critique du dernier album de Rihanna, Talk That Talk. Un de ses arguments était que la chanteuse originaire de la Barbade était comparable à Britney Spears. Les deux ne seraient finalement que des "marques" ou des noms servant à vendre le produit des plus grands producteurs de musique pop actuelle aux États-Unis. Si à la première lecture, cette comparaison m'a semblé complètement hors propos, j'ai fini par y réfléchir sérieusement (je sais, je pourrais trouver des sujets plus stimulants pour mon cerveau, mais bon, la culture pop, ça me fascine !) et à ne pas trouver le rapprochement si innocent.

Aux premiers abords, Rihanna et Britney Spears peuvent paraître différentes. Je suis le premier à m'être laissé convaincre par cette séduisante idée. Si je croyais qu'elles avaient un parcours foncièrement différent, c'était la faute à un album de la Riri, Rated R. Paru en 2009 et faisant suite aux déboires conjugaux entre la chanteuse et son copain de l'époque Chris Brown. L'album était l'expiation parfaite de cette violence conjugale. Sale, crasseux sur les bords et surtout violent tant dans ses paroles que dans ses arrangements, Rated R était l'album sombre qui allait sortir la belle de son carcan de "chanteuse à singles" et marquer au fer rouge sa carrière musicale. Naturellement, les fans n'ont pas apprécié ce virage plus dur, même si c'était la première fois que Rihanna ajoutait un peu d'âme derrière ces chansons plutôt jetables. C'est pourquoi un an après la parution de ce disque maudit mais fabuleux, Riri et son équipe de producteurs ont jeté sur le monde Loud, suite logique de son prédécesseur. Bourré de hits et de chansons dance (ce que Rated R ne contenait pas vraiment), il a fait danser la planète entière sans toutefois que Rihanna laisse de côté cette énergie sexuelle glauque (S&M, Man Down, Skin). Loud était donc un pas en avant, un pas vers le soleil sans toutefois que les effets de l'obscurité se soient estompés.

Pourtant, en y repensant (je vous l'ai dit, j'y ai réfléchi sérieusement), Britney Spears est passé par sensiblement le même parcours. Sa période noire a aussi été mise en disque et ça s'appelait Blackout. Un peu comme Rihanna, c'est un gravé qui a marqué sa discographie. L'album a été considéré par certains comme son meilleur et son plus avant-gardiste en carrière. Et semblable à sa consoeur, Spears a dû sortir Circus, plus léger et candide, quelques années plus tard pour faire taire les fans qui la trouvaient trop sombre et aussi compenser pour les ventes moyennes de Blackout.

C'est pourquoi lorsque Talk That Talk a été annoncé, on pouvait être en droit à s'attendre au Femme Fatale de Rihanna. Réunissant en plus les producteurs Stargate (qui a travaillé sur Loud) et Dr.Luke (qui a travaillé sur le dernier album de Spears), la chanteuse s'entourait pour offrir un grand retour (est-elle vraiment partie ?). Si avec des titres comme We All Want Love, Drunk On Love et We Found Love, Riri donne l'impression d'être prête à aimer à nouveau, elle est toutefois toujours préoccupée par le cul (Cockiness (I Love It), Birthday Cake et Watch 'n Learn). Sauf que cette fois-ci, cette énergie sexuelle malaisante et glauque qui la caractérisait autrefois n'est présente que pour choquer avec des métaphores telles "Suck my cockiness, lick my persuasion". Le résultat tombe plutôt à plat d'autant plus qu'on annonçait Talk That Talk comme l'album le plus sale en termes de sexe depuis Erotica.

L'autre problème avec Talk That Talk est que Rihanna devrait sincèrement nous laisser respirer entre chaque gravé. Si on ne peut toutefois lui reprocher d'être bien travaillante, la jeune femme incarne (avec en plus ses désormais 20 hits et son futur Greatest Hits de 2 disques) cette jeune génération vivant le moment présent à 200 km/h. Enfilant les singles et les disques à ce rythme, Rihanna pourrait bien être la meilleure incarnation de ce mal d'être et de cette peur de l'oubli. Or, il faut quelques fois apprendre à se faire oublier pour revenir en plus grande force puisqu'ici l'album n'offre absolument rien de transcendant. En plus d'offrir le pire single de sa carrière (We Found Love), Riri et ses producteurs s'auto-parodient. En effet, la plupart des pièces en rappellent d'autres de la jeune chanteuse. Il devient également difficile de prédire quelles pièces seront employées pour des singles (hormis Where Have You Been un mauvais pastiche de David Guetta, mais qui saura faire aller la chevelure à bien des greluches dans les clubs) puisqu'elles manquent cruellement de mordant et de potentiel commercial. Ou encore si une pièce comme Drunk On Love semble séduire, on déchante lorsqu'on se rend compte que c'est l'Intro de The xx qui est repris comme musique de fond. Non, ici le degré originalité est à zéro et celui de l'efficacité s'en rapproche dangereusement.

Difficile de blâmer une instance en particulier. Les producteurs ici paresseux, le côté expéditif et l'image mal canalisée de la chanteuse sont tous des facteurs qui pourraient expliquer cette régression de Rihanna sur le plan musical du moins. Car Rihanna est bien là pour rester. Qu'elle soit périodiquement (lire : annuellement) offrante, elle a désormais sa place dans l'histoire de la musique pop et je ne crois pas qu'elle l'ait volée. Tout ce qu'il reste à espérer est que ce Talk That Talk lui fasse comprendre que quantité ne rime pas toujours avec qualité.