
Sur le site
Slant Magazine, le chroniqueur Matthew Cole faisait la
critique du dernier album de Rihanna,
Talk That Talk. Un de ses arguments était que la chanteuse originaire de la Barbade était comparable à Britney Spears. Les deux ne seraient finalement que des "marques" ou des noms servant à vendre le produit des plus grands producteurs de musique pop actuelle aux États-Unis. Si à la première lecture, cette comparaison m'a semblé complètement hors propos, j'ai fini par y réfléchir sérieusement (je sais, je pourrais trouver des sujets plus stimulants pour mon cerveau, mais bon, la culture pop, ça me fascine !) et à ne pas trouver le rapprochement si innocent.
Aux premiers abords, Rihanna et Britney Spears peuvent paraître différentes. Je suis le premier à m'être laissé convaincre par cette séduisante idée. Si je croyais qu'elles avaient un parcours foncièrement différent, c'était la faute à un album de la Riri, Rated R. Paru en 2009 et faisant suite aux déboires conjugaux entre la chanteuse et son copain de l'époque Chris Brown. L'album était l'expiation parfaite de cette violence conjugale. Sale, crasseux sur les bords et surtout violent tant dans ses paroles que dans ses arrangements, Rated R était l'album sombre qui allait sortir la belle de son carcan de "chanteuse à singles" et marquer au fer rouge sa carrière musicale. Naturellement, les fans n'ont pas apprécié ce virage plus dur, même si c'était la première fois que Rihanna ajoutait un peu d'âme derrière ces chansons plutôt jetables. C'est pourquoi un an après la parution de ce disque maudit mais fabuleux, Riri et son équipe de producteurs ont jeté sur le monde Loud, suite logique de son prédécesseur. Bourré de hits et de chansons dance (ce que Rated R ne contenait pas vraiment), il a fait danser la planète entière sans toutefois que Rihanna laisse de côté cette énergie sexuelle glauque (S&M, Man Down, Skin). Loud était donc un pas en avant, un pas vers le soleil sans toutefois que les effets de l'obscurité se soient estompés.
Pourtant, en y repensant (je vous l'ai dit, j'y ai réfléchi sérieusement), Britney Spears est passé par sensiblement le même parcours. Sa période noire a aussi été mise en disque et ça s'appelait Blackout. Un peu comme Rihanna, c'est un gravé qui a marqué sa discographie. L'album a été considéré par certains comme son meilleur et son plus avant-gardiste en carrière. Et semblable à sa consoeur, Spears a dû sortir Circus, plus léger et candide, quelques années plus tard pour faire taire les fans qui la trouvaient trop sombre et aussi compenser pour les ventes moyennes de Blackout.
C'est pourquoi lorsque
Talk That Talk a été annoncé, on pouvait être en droit à s'attendre au
Femme Fatale de Rihanna. Réunissant en plus les producteurs Stargate (qui a travaillé sur
Loud) et Dr.Luke (qui a travaillé sur le dernier album de Spears), la chanteuse s'entourait pour offrir un grand retour (est-elle vraiment partie ?). Si avec des titres comme
We All Want Love,
Drunk On Love et
We Found Love, Riri donne l'impression d'être prête à aimer à nouveau, elle est toutefois toujours préoccupée par le cul (
Cockiness (I Love It),
Birthday Cake et
Watch 'n Learn). Sauf que cette fois-ci, cette énergie sexuelle malaisante et glauque qui la caractérisait autrefois n'est présente que pour choquer avec des métaphores telles "Suck my cockiness, lick my persuasion"
. Le résultat tombe plutôt à plat d'autant plus qu'on annonçait
Talk That Talk comme l'album le plus sale en termes de sexe depuis
Erotica.
L'autre problème avec Talk That Talk est que Rihanna devrait sincèrement nous laisser respirer entre chaque gravé. Si on ne peut toutefois lui reprocher d'être bien travaillante, la jeune femme incarne (avec en plus ses désormais 20 hits et son futur Greatest Hits de 2 disques) cette jeune génération vivant le moment présent à 200 km/h. Enfilant les singles et les disques à ce rythme, Rihanna pourrait bien être la meilleure incarnation de ce mal d'être et de cette peur de l'oubli. Or, il faut quelques fois apprendre à se faire oublier pour revenir en plus grande force puisqu'ici l'album n'offre absolument rien de transcendant. En plus d'offrir le pire single de sa carrière (We Found Love), Riri et ses producteurs s'auto-parodient. En effet, la plupart des pièces en rappellent d'autres de la jeune chanteuse. Il devient également difficile de prédire quelles pièces seront employées pour des singles (hormis Where Have You Been un mauvais pastiche de David Guetta, mais qui saura faire aller la chevelure à bien des greluches dans les clubs) puisqu'elles manquent cruellement de mordant et de potentiel commercial. Ou encore si une pièce comme Drunk On Love semble séduire, on déchante lorsqu'on se rend compte que c'est l'Intro de The xx qui est repris comme musique de fond. Non, ici le degré originalité est à zéro et celui de l'efficacité s'en rapproche dangereusement.
Difficile de blâmer une instance en particulier. Les producteurs ici paresseux, le côté expéditif et l'image mal canalisée de la chanteuse sont tous des facteurs qui pourraient expliquer cette régression de Rihanna sur le plan musical du moins. Car Rihanna est bien là pour rester. Qu'elle soit périodiquement (lire : annuellement) offrante, elle a désormais sa place dans l'histoire de la musique pop et je ne crois pas qu'elle l'ait volée. Tout ce qu'il reste à espérer est que ce
Talk That Talk lui fasse comprendre que quantité ne rime pas toujours avec qualité.