samedi 19 novembre 2011

Critique : Rihanna - Talk That Talk


Sur le site Slant Magazine, le chroniqueur Matthew Cole faisait la critique du dernier album de Rihanna, Talk That Talk. Un de ses arguments était que la chanteuse originaire de la Barbade était comparable à Britney Spears. Les deux ne seraient finalement que des "marques" ou des noms servant à vendre le produit des plus grands producteurs de musique pop actuelle aux États-Unis. Si à la première lecture, cette comparaison m'a semblé complètement hors propos, j'ai fini par y réfléchir sérieusement (je sais, je pourrais trouver des sujets plus stimulants pour mon cerveau, mais bon, la culture pop, ça me fascine !) et à ne pas trouver le rapprochement si innocent.

Aux premiers abords, Rihanna et Britney Spears peuvent paraître différentes. Je suis le premier à m'être laissé convaincre par cette séduisante idée. Si je croyais qu'elles avaient un parcours foncièrement différent, c'était la faute à un album de la Riri, Rated R. Paru en 2009 et faisant suite aux déboires conjugaux entre la chanteuse et son copain de l'époque Chris Brown. L'album était l'expiation parfaite de cette violence conjugale. Sale, crasseux sur les bords et surtout violent tant dans ses paroles que dans ses arrangements, Rated R était l'album sombre qui allait sortir la belle de son carcan de "chanteuse à singles" et marquer au fer rouge sa carrière musicale. Naturellement, les fans n'ont pas apprécié ce virage plus dur, même si c'était la première fois que Rihanna ajoutait un peu d'âme derrière ces chansons plutôt jetables. C'est pourquoi un an après la parution de ce disque maudit mais fabuleux, Riri et son équipe de producteurs ont jeté sur le monde Loud, suite logique de son prédécesseur. Bourré de hits et de chansons dance (ce que Rated R ne contenait pas vraiment), il a fait danser la planète entière sans toutefois que Rihanna laisse de côté cette énergie sexuelle glauque (S&M, Man Down, Skin). Loud était donc un pas en avant, un pas vers le soleil sans toutefois que les effets de l'obscurité se soient estompés.

Pourtant, en y repensant (je vous l'ai dit, j'y ai réfléchi sérieusement), Britney Spears est passé par sensiblement le même parcours. Sa période noire a aussi été mise en disque et ça s'appelait Blackout. Un peu comme Rihanna, c'est un gravé qui a marqué sa discographie. L'album a été considéré par certains comme son meilleur et son plus avant-gardiste en carrière. Et semblable à sa consoeur, Spears a dû sortir Circus, plus léger et candide, quelques années plus tard pour faire taire les fans qui la trouvaient trop sombre et aussi compenser pour les ventes moyennes de Blackout.

C'est pourquoi lorsque Talk That Talk a été annoncé, on pouvait être en droit à s'attendre au Femme Fatale de Rihanna. Réunissant en plus les producteurs Stargate (qui a travaillé sur Loud) et Dr.Luke (qui a travaillé sur le dernier album de Spears), la chanteuse s'entourait pour offrir un grand retour (est-elle vraiment partie ?). Si avec des titres comme We All Want Love, Drunk On Love et We Found Love, Riri donne l'impression d'être prête à aimer à nouveau, elle est toutefois toujours préoccupée par le cul (Cockiness (I Love It), Birthday Cake et Watch 'n Learn). Sauf que cette fois-ci, cette énergie sexuelle malaisante et glauque qui la caractérisait autrefois n'est présente que pour choquer avec des métaphores telles "Suck my cockiness, lick my persuasion". Le résultat tombe plutôt à plat d'autant plus qu'on annonçait Talk That Talk comme l'album le plus sale en termes de sexe depuis Erotica.

L'autre problème avec Talk That Talk est que Rihanna devrait sincèrement nous laisser respirer entre chaque gravé. Si on ne peut toutefois lui reprocher d'être bien travaillante, la jeune femme incarne (avec en plus ses désormais 20 hits et son futur Greatest Hits de 2 disques) cette jeune génération vivant le moment présent à 200 km/h. Enfilant les singles et les disques à ce rythme, Rihanna pourrait bien être la meilleure incarnation de ce mal d'être et de cette peur de l'oubli. Or, il faut quelques fois apprendre à se faire oublier pour revenir en plus grande force puisqu'ici l'album n'offre absolument rien de transcendant. En plus d'offrir le pire single de sa carrière (We Found Love), Riri et ses producteurs s'auto-parodient. En effet, la plupart des pièces en rappellent d'autres de la jeune chanteuse. Il devient également difficile de prédire quelles pièces seront employées pour des singles (hormis Where Have You Been un mauvais pastiche de David Guetta, mais qui saura faire aller la chevelure à bien des greluches dans les clubs) puisqu'elles manquent cruellement de mordant et de potentiel commercial. Ou encore si une pièce comme Drunk On Love semble séduire, on déchante lorsqu'on se rend compte que c'est l'Intro de The xx qui est repris comme musique de fond. Non, ici le degré originalité est à zéro et celui de l'efficacité s'en rapproche dangereusement.

Difficile de blâmer une instance en particulier. Les producteurs ici paresseux, le côté expéditif et l'image mal canalisée de la chanteuse sont tous des facteurs qui pourraient expliquer cette régression de Rihanna sur le plan musical du moins. Car Rihanna est bien là pour rester. Qu'elle soit périodiquement (lire : annuellement) offrante, elle a désormais sa place dans l'histoire de la musique pop et je ne crois pas qu'elle l'ait volée. Tout ce qu'il reste à espérer est que ce Talk That Talk lui fasse comprendre que quantité ne rime pas toujours avec qualité.

dimanche 13 novembre 2011

COLLABORATION SPÉCIALE : Coeur de Pirate - Blonde


Depuis le 7 novembre on peut enfin se procurer le très attendu deuxième album de Mlle Pirate. Son premier album paru en 2008 avait connu à l’époque un bon succès commercial et critique et avec 600 000 copies vendues mondialement. Et comme c’est souvent le cas pour un deuxième album, on attendait celui-ci avec une brique et un fanal. Mais c’est plutôt une Cœur de Pirate revue et améliorée qui est revenue en force avec des cheveux on ne peut plus blonds et des talons on ne peut plus hauts. (Voir vidéoclip de Adieu).

En vente chez tous les bons disquaires…

Pour commencer, je vais m’intéresser à la pochette de l’album. On constate tout de suite la ressemblance entre celle-ci et celle de son premier album. Est-ce anodin? Je ne crois pas. Je pense plutôt qu’on veut nous présenter le même bon produit mais dans un nouvel emballage. Je m’explique : aussi évident sur la pochette de l’album que dans son contenu, on retrouve la Cœur de Pirate qui nous a fait craquer avec ses chansons enfantines et son inimitable voix, mais on retrouve aussi un ramassis de nouveaux éléments qui selon mon avis ne servent qu’à rendre le produit plus commercial, en particulier pour le public français. On retrouve par exemple en introduction une chorale d’enfants qui ne semble rien apporter de plus à l’œuvre sauf peut être faire joli et nous faire penser au film Les Choristes (un des plus gros succès du cinéma français). On note aussi que le piano a cédé en bonne partie sa place à des arrangements plus complexes et à des sonorités sixties qui sont très appréciées depuis quelques temps et qu’on retrouve chez d’autres artistes comme Duffy, Amy Winehouse, et par moments Adèle. Les titres des chansons aussi servent à rendre le tout plus attrayant, Place de la République, Cap Diamant et Saint-Laurent en sont les meilleurs exemples. C’est comme si avec ces titres, on pouvait tous s’identifier automatiquement aux chansons. D’ailleurs Saint-Laurent est le morceau qui m’a déçu par son manque de contenu, on n’a droit qu’à deux très courts couplets et un refrain incertain; Il s’agit quand même du mythique et incontournable Boulevard Saint-Laurent dont il est question.

Dans son ensemble, l’album est malgré tout une réussite. On y retrouve des petits bijoux comme Adieu qui exprime assez bien le stade de la colère après une rupture ou Verseau qui possède pour sa part une mélodie entrainante qui donne envie de danser même lorsqu’on est assis, sans oublier La Petite Mort qui nous ramène Cœur de Pirate avec son piano et des arrangements musicaux plus sobres.

En conclusion, Blonde est un œuvre faite pour plaire et elle réussit bien sa mission, mais est-ce que dans 20 ans on s’en souviendra? Seul le temps nous le dira, si Beatrice Martin est encore dans le paysage musical francophone dans 20 ans on peut parier que cet album sera fondateur pour sa carrière.

William R. Sober

http://vices-delices.blogspot.com

dimanche 2 octobre 2011

Café de Flore : l'amour mystique


On a beaucoup parlé du dernier film de Jean-Marc Vallée. En bien ou en mal, on a discuté des qualités cinématographiques de l'oeuvre et dénoncé les maladresses d'un récit qui ne parvenait pas à trouver écho chez le spectateur. Étrangement. Car Café de Flore raconte la plus vieille des histoires d'amour, celle de l'âme soeur.

En discutant avec deux autres amis cinéphiles, j'ai cru comprendre que le film avait pu toucher. Voire même bouleverser. Or, dans mon cas, le triangle amoureux entre Carole, Antoine et Rose m'a plutôt laissé froid. Si les images de Vallée m'ont conquises, son récit manquait, selon moi, de ... focus. En effet, l'oeuvre de Vallée raconte aussi l'histoire de Jacqueline et de son fils trisomique dans un Paris des années 1960. Si cette partie du récit m'a davantage touché, le problème que j'ai eu avec le film vient du fait qu'on nous nargue pendant la totalité du film à savoir comment ces deux histoires sont liées. Liens ésotériques, pistes mystiques, rencontres spirituelles, livres sur la réincarnation sont tous des éléments du films de Vallée qui m'ont complètement "bloqué" au noyau émotionnel qui semblait s'en dégager. On m'a également fait remarqué que comme l'évoque le personnage de Carole elle-même, si elle s'obstine à comprendre ses trips de somnambulisme, c'est qu'elle veut "trouver une façon de se l'expliquer". Ce "l", c'est bien du deuil de sa relation avec Antoine dont elle parle. Je veux bien croire et accepter que le film emprunte comme prétexte ce lien ésotérique entre les deux histoires pour finalement les mettre en relief et ainsi parler d'amour. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette idée pour la simple et unique raison que ces deux histoires juxtaposées sans les rappels de symboles trop appuyés suffisaient en elles-mêmes pour faire jaillir l'essentiel. Si ces liens n'avaient été que suggérés plus subtilement, laissant sous-entendre une possibilité de lien mystico-spirituel entre les deux histoires, il me semble que les histoires auraient trouvé un meilleur écho émotionnel, du moins dans mon cas. Car le film de Vallée ne fait que nous marteler à coups de renvois entre les deux récits pour mieux nous "tromper". Le dernier plan du film se voulant énigmatique est quand même le plus révélateur. Qu'on l'interprète de la façon que l'on veuille, ce dernier réunie néanmoins les deux récits sous un même semblant d'espace-temps nous invitant à revoir le film pour mieux en apprécier les subtilités. On devra tout de même m'expliquer la pertinence d'une telle finale et surtout d'une telle obstination à vouloir jouer avec le spectateur. Non, me direz-vous, je n'ai pas vu les histoires d'amour à travers tout cela. Car oui, vous dirai-je, elles sont inutilement diluées dans le récit mystico-spirituel qui perd son temps et le spectateur.

Mon autre réserve par rapport au film concerne le personnage d'Antoine et son rapport à la musique. Personnellement, il ne suffit pas qu'un personnage (un DJ qui "aime ça couper le son") soit assis dans sa voiture, pluie cognant contre le pare-brise, clamant bêtement en parlant du groupe islandais Sigur Ros : "ah! une chance qui sont là eux-autres..." pour être convaincu qu'il a une relation bien particulière avec la musique et en être touché (bon, ça et peut-être aussi le fait que Vallée fait jouer seulement 3 secondes et demie de ma chanson favorite du groupe, Fljotavik alors qu'elle devait être entendue au complet !). On l'a souvent dit : "une image vaut mille mots" et faire dire au personnage plutôt que de montrer quelque chose de très fort tout de même sonne carrément faux ici. À ce titre, j'ai préféré la séquence de C'est pas moi, je le jure ! qui empruntait aussi un morceau de Sigur Ros (Olsen Olsen) pour exposer la déception de l'enfance et ainsi créer un pur moment de cinéma. Non, ici la musique, plutôt que d'accompagner Antoine dans ses tourments, n'est qu'employée qu'à titre de spectacle, que pour le simple fait d'utiliser le titre lui-même dans le film. Tout ce qui reste à faire ici c'est se rappeler Marc-André Grondin qui chantait l'enfer de son adolescence (et par le fait même de la nôtre) sur du Bowie. On pensait alors que Vallée avait tout compris.

lundi 29 août 2011

VMA 2011 : la déchéance des remises de prix ?

Depuis que je suis très jeune (disons le début de l'adolescence), j'ai une fascination inquiétante pour les remises de prix. Que ce soient les Oscars, les Grammys ou encore les MTV Movie Awards, j'ai souvent été assis devant mon téléviseur (mes parents avaient le câble...) pour assister au dévoilement des meilleurs de l'année qui venait de passer. En vieillissant, j'ai beaucoup perdu de cet "amour" pour les galas télévisés. Désillusion de vie d'adulte je suppose. Les Oscars ont cependant droit à chaque année à de multiples discussions (et désaccords) entre amis cinéphiles ce qui lui donne toujours sa chaude place dans mon calendrier.

Je ne sais pas si c'est parce que je consomme beaucoup de musique pop dans les derniers temps ou que je me sens plus à l'affut de son actualité, mais j'ai jeté un oeil au dernier gala des MTV Video Music Awards qui a eu lieu dimanche dernier. Visionné en différé sur le Web, le gala a été pour moi une série de numéros plus aberrants les uns que les autres. D'abord, le numéro d'ouverture de Lady Gaga où cette dernière a articulé un monologue interminable qui allait servir d'introduction à la performance de sa chanson You & I. Comme toujours, la Gaga a été dans la plus grande des théâtralités. Déguisée en homme (sorte de Gainsbourg sur l'acide), elle s'est finalement assise pour jouer sans aucune retenue à son piano l'amenant finalement à tomber par terre (on remerciera ici les caméramans qui ont rapidement déjoué l'attention en filmant la foule durant la chute de la Gaga).

Sont venues ensuite les remises de prix. Le vidéoclip pop de l'année a été remis à ... Britney Spears ! Détrompez-vous, j'adore Britney, pour ce qu'elle peut prétendre valoir encore. Mais décerner le meilleur vidéoclip pop à Till The World Ends qui était finaliste contre Last Friday Night de Katy Perry et Rolling in the Deep d'Adele me paraît complètement insensé. D'autant plus que Jonas Akerlund a filmé un des meilleurs vidéos de Britney cette année avec Hold It Against Me qui se retrouve ici boudé.

On avait également annoncé un hommage à la petite Britney qui aurait lieu durant le gala. C'est malencontreusement la Gaga qui s'est vue (toujours travestie) apparaître pour annoncer le (trop) court segment où des danseuses reprenaient les chorégraphiques les plus célèbres de la chanteuse. Si Britney a laissé transparaître pendant quelques secondes qu'elle était toujours humaine par une montée touchante de larmes dans ses yeux, ses remerciements ont été, pour leur part, complètement ... oubliés. "Thank you so much. This award means so much to me" ont été à peu près les seuls mots entendus de la bouche de la star lorsqu'elle s'est fait volé le micro par l'autre folle qui ne voulait qu'attirer l'attention. C'est à ce moment que Gaga m'a perdu. Prendre un moment qui appartenait à une chanteuse qui certes, n'a plus aucun talent, mais qui demeure trop importante et influente dans le milieu de la musique pop pour faire quelques mauvaises blagues est pour moi quelque chose d'impardonnable. Son jeu de psycho à la fausse auto-dérision vient de tourner à la fascination de son propre être. Le pire qui était à craindre est finalement arrivé. Tellement absorbée dans sa perpétuelle performance, Gaga a oublié que d'autres qu'elle et avant elle ont semé le chemin et méritent aussi une reconnaissance et un peu d'attention. Ces quelques secondes auront servies à montrer que pour la chanteuse, il n'y a qu'elle qui importe. Elle et l'image d'elle même qu'elle peut lire sur les autres.

Le pire moment de la soirée revient cependant à Beyoncé (que j'estime autant qu'une robineuse sous l'héroïne) et son ventre fraîchement engrossé qu'elle a fièrement affiché à la finale de sa performance. Sincèrement, annoncer sa maternité future en plein gala et comme un coup de théâtre digne des plus grandes tragédies grecques (la diva a d'abord garoché son micro sur la scène, puis a finalement exhibé puis caressé son ventre pour nous faire comprendre qu'elle était enceinte) est complètement déplacé, voire presque malaisant. Oui, Beyoncé est bien estimée dans le milieu. Oui, elle a beaucoup de fans et ils l'adorent. Oui, elle a beaucoup de talent. Oui, elle est toujours là pour nous le rappeler. Oui, elle aime (et a toujours su) être le centre d'attention. Mais non, elle n'aurait pas dû annoncer sa grossesse de façon si "m'as-tu-vu". Je ne sais pas trop pourquoi, mais ça m'a dérangé. Peut-être parce que Beyoncé est loin de représenter pour moi une superstar particulièrement intéressante et ses déboires personnels se doivent de rester dans les journaux à potins ou son entourage. Parce qu'ici il ne s'agit plus d'annoncer une heureuse nouvelle à ses fans, il s'agit de la crier et de s'exhiber à tous comme si la bonheur de la Terre en dépendait. Certes, pour la chanteuse, c'est un moment qui la consacrera pour toujours. Elle a montré qu'elle était la reine, la seule pouvant se permettre une telle chose. Mais le problème n'est pas seulement Beyoncé, mais aussi celui de l'enfant (dont on a tant parlé avant même ce faux coup de théâtre) qui est déjà exposé devant des millions de gens avant même sa naissance. Il sera sûrement aussi beau, talentueux, riche et chanceux que ses deux géniteurs. Il sera aussi vaniteux, narcissique et pire que ses parents. Le cauchemar est déjà annoncé. Nous ne pouvons que nous y préparer.

Ce spectacle de plus de deux heures offre donc un portrait actuel de la musique populaire : auto-complaisante, pourrie et nombriliste. À travers tout ce cirque, la petite Adele semblait ne pas trop trouver sa place. Cela ne saurait tarder étant donné l'étendue de son succès. Je croyais être au goût du jour concernant le monde de la musique pop. J'avais tout faux. À force de croire que l'art surpasse toujours le produit, j'ai oublié que nos voisins du Sud ne récompense plus le talent. Ils récompensent et permettent le pouvoir.

Si vous êtes parmi les courageux, la performance de Lady Gaga :

vendredi 19 août 2011

Final Destination 5 : faire de la mort un spectacle

Contrairement à ce que j'ai pu lire de plusieurs critiques (québécoises comme américaines), je considère que Final Destination est une franchise qui mérite d'exister. D'accord, je n'ai pas vu le quatrième volet (semble-t-il exécrable) et je ne garde pas un fort souvenir de Final Destination 3. Mais tout fanatique s'entendra pour affirmer que la séquence de carambolage du deuxième film les a marqué à vie. Il faut avouer que la franchise fonctionne, depuis le tout premier film, sur un principe bien précis et simple : chaque personnage va mourir, il ne reste qu'à savoir comment. Et le plaisir (ou plutôt la torture) revient à découvrir ce fameux comment. C'est à ce moment que la mise en scène du film joue avec le spectateur engendrant souvent une tension souvent insoutenable avant de faire intervenir la grande faucheuse de la façon la plus inattendue.

Final Destination 5 ne fait pas exception à ces règles. En fait, il les applique à la lettre ce qui explique probablement pourquoi le premier film du cinéaste Steven Quale (il aurait travaillé sur le plateau d'Avatar) est réussi. Les moments de tension sont insoutenables et les séquences de mise à mort souvent interminables (mention spéciale à la séquence dans le gymnase). Mais Final Destination 5, c'est aussi le désir de vouloir tout montrer. Des entrailles, une tête qui explose, des os qui se brisent, un oeil qui se fait détruire, etc. Cette mise en scène laborieusement élaborée est au service de la mort. Cette dernière est présentée tel un spectacle. Une longue montée dramatique avant le coup de théâtre final.

L'étudiant en cinéma en moi n'a pu s'empêcher d'essayer de trouver un sens à travers ce désir de mettre en scène la mort de cette façon. Bien sûr, me direz-vous, il ne s'agit que d'un Final Destination et il ne faudrait pas chercher bien plus loin que le divertissement qu'il représente. Pourtant, et c'est sûrement pourquoi j'ai préféré ce volet-ci à plusieurs autres, quelques pistes de réflexions sont lancés à quelques moments durant le film. D'abord, notre héros joué par Nicholas D'Agosto, celui qui a la fameuse prémonition. Pour la première fois dans la série (si je ne me trompe pas), on nous présente un héros qui ne tente pas de fuir sa destinée et qui épouse plutôt sa mort éminente. Lorsque la grande faucheuse est rendu à son tour, il préfère vouloir aller travailler. Et étrangement, c'est durant cette même séquence qu'il avoue à son patron qu'il accepte finalement un stage en France, opportunité qu'il s'obstinait plus tôt dans le film à ne pas saisir prétextant préférer sa relation avec la jeune Molly jouée par Emma Bell. Est-ce donc ce que le film veut nous faire comprendre ? Qu'il faut prendre sa vie en main ? Si c'est le cas, il faut avouer que même si le propos est un peu simpliste, l'unique fait de le glisser dans un film aussi peu estimé de la part d'un milieu universitaire est à signaler.

Bien sûr, il y aussi tout le débat moral lorsqu'arrive l'hypothèse qu'on peut se sauver de la Mort en volant la vie de quelqu'un d'autre. L'affrontement entre Sam le héros qui accepte sa finalité et son ami Peter déterminé à tuer quelqu'un afin de vivre plus longtemps expose en effet bien cette dualité entre le Bien et le Mal et surtout sur qui a le droit de vivre ou de mourir.

Mais j'aimerais souligner une séquence à mon sens plus importante et assurément marquante lors de mon visionnement : la scène de l'opération au laser. Pour la première fois dans un film d'épouvante, j'ai mis mes mains devant mon visage afin de ne pas assister au spectacle projeté sur l'écran. Naturellement, le laser détruisant violemment l'oeil de la jeune fille a été trop dur pour moi et j'ai flanché. Pourtant, en y repensant plus tard, cette séquence (ou en fait un plan) renvoyait à mon statut de spectateur : un gros plan du visage de la jeune femme dont un des yeux était retenu de sorte à ce qu'il ne puisse fermer. Lorsque le laser se met à disjoncter et à brûler l'oeil, la jeune femme continue de fixer la caméra (son oeil est toujours retenu pour l'opération). Le plan agirait ainsi un peu comme miroir renvoyant au spectateur qui lui aussi est "forcé" d'être témoin de cette boucherie. Excepté que dans mon cas, j'ai pu échapper au spectacle grâce à mes deux mains que j'ai mis devant mes yeux. Suis-je ainsi un spectateur indigne de ce type de divertissement ? Ou alors le film propose t-il plutôt de dénoncer ce désir de vouloir tout voir ?

Final Destination 5 se termine néanmoins sur un propos clair, net et précis : nous sommes tous liés par la mort. D'autres nous ont quitté et d'autres le feront aussi. Et nul ne peut y échapper. C'est peut-être là que le film a le plus sa raison d'exister, pour nous le rappeler. Et peut-être aussi parce qu'en mettant en scène la mort comme un spectacle, cela permet de dédramatiser l'inévitable ou du moins en rire.

mercredi 10 août 2011

Madonna - Erotica


Pour beaucoup elle n'est qu'une icône. Pour plusieurs elle est associée à la culture gaie. Pour d'autres elle est la "reine de la pop". Pour certains, elle n'est qu'une blonde qui se tue à essayer de pousser une juste note lors d'un concert. Pour moi, Madonna est l'artiste pop la plus importante de l'histoire de la musique. Rien de moins. Mais tellement plus.

Depuis plusieurs semaines, j'étais hanté par une espèce de démangeaison profonde envers la madone. À la suite de l'annonce d'un nouvel album (cette fois-ci elle a bien confirmé son retour en studio, donc c'est du concret !), je me suis ainsi remis, de sorte à calmer un peu ce qui me piquait, à la discographie de la chanteuse. Une partie de sa discographie qui, pour moi, n'avez été que superficiellement visitée au cours de ma courte vie. Je parle bien sûr de celle caractérisant la décennie 90. Elle comporte trois albums majeurs et malheureusement très sous-estimés : Erotica (1992), Bedtime Stories (1994) et Ray of Light (1998).

Si Ray of Light n'a connu que des éloges de la part des critiques et des fans de par les risques musicaux encourus pour la dame, Bedtime Stories et Erotica sont souvent restés dans l'ombre (ce sont aussi deux des albums de la chanteuse ayant le moins marché). La réception de Erotica a été très tiède en 1992 dû en grande partie au contenu explicite (nous y reviendrons) et à la parution du livre Sex de la madone. Alors qu'inexplicablement, Bedtime Stories a connu plusieurs succès dans les palmarès (Take A Bow, Secret, Human Nature) et a été accueilli sans grand tambour. Il faut avouer qu'il a surtout servi à calmer les ardeurs suite à la saga Erotica.

J'ai réécouté cet album maudit. Et puis, je l'ai encore réécouté. Une autre fois. Lentement, mais sûrement, il m'a obsédé. Et encore aujourd'hui, il m'obsède toujours. Comment un album aussi gros (dans tous les sens du terme) peut-il être aussi méconnu du public et des fans ? Certes, la musique porte l'empreinte de son temps (mentions spéciale à Thief of Hearts), mais nul ne peut nier l'importance d'un album comme celui-ci dans l'histoire de la musique pop. Si Rihanna peut se vanter d'un hit avec son S&M, c'est grâce à ce gravé. Avec des pièces comme Where Life Begins, ode vantant ouvertement les mérites de la masturbation féminine, et Did You Do It ? où un rappeur se vante d'avoir bouffer la chatte de la chanteuse, Madonna fait pâlir toutes les Britney et les Beyoncé qui ont su exploiter le plaisir et l'épanouissement d'une sexualité féminine. Et puis, il y a Erotica, hymne sado-masochiste transpirant le sexe. Mais la chanteuse a aussi pondu LA chanson masochiste en la pièce de Waiting... assurément un des morceaux les plus durs que Madonna nous ait donné d'entendre. "Can't you see I'm waiting for you. Don't break my heart" sont les mots que la chanteuse emprunte pour exprimer son choix de plonger dans une relation avec un homme dont elle sait qu'il ne l'aimera jamais comme elle le veut ...

Erotica c'est aussi (après le single Vogue) Madonna s'affichant comme une porte-parole de la communauté LGBT. Avec des titres comme Why's It So Hard ? et In This Life (où elle parle d'un de ses amis décédé du sida), la dame propose d'interroger des problématiques qui à l'époque (et toujours aujourd'hui) concernaient un certain groupe d'individus aux prises avec d'énormes préjugés.

C'est pourquoi lorsqu'on me parlera désormais de Lady Gaga et de son Born This Way, je ne pourrai que renvoyer mon interlocuteur à Erotica de Madonna, chef d'oeuvre (et je n'utilise jamais ce mot !) de la musique pop et indispensable pour toute bibliothèque. Que Gaga parle d'identité est une chose. Que Madonna parle de sexualité et surtout d'amour en est une qui est toute autre. Erotica est un album qui traite certes de la sexualité (comme rarement elle n'avait été abordée auparavant), mais cet album-ci, c'est surtout Madonna qui parle de la plus difficile des relations sado-masochistes, la relation amoureuse. La plus cruelle, la plus impardonnable, la plus dure, mais aussi la plus belle, la plus vivante, la plus universelle.

vendredi 5 août 2011

Crazy, Stupid, Love et la comédie romantique hollywoodienne

La comédie romantique n'a jamais été ma tasse de thé. De tous les genres cinématographiques, c'est certainement celui que j'apprécie le moins. Comme l'a mentionné avec de bien meilleurs mots que les miens Raphaëlle Moine dans son ouvrage Les genres et le cinéma :« […] les genres du cinéma ne sauraient être limités aux genres des films. Certes, les dénominations génériques (à partir d’éléments thématiques, de structures narratives ou formelles), souvent influencées par les analyses menées dans le champ littéraire, sont commodes mais elles ne sont pas étanches, et surtout elles ne rendent pas comptes des interactions entre les genres cinématographiques et les autres productions artistiques et culturelles, ni de leur évolution selon les époques (Moine. 2002, p.168) ». Il s'agit en effet d'un élément qui manque cruellement au genre de la comédie romantique. Car, oui, comme plusieurs jeunes adultes je suis souvent obsédé par ce qui me répugne et les romances en font partie. C'est pourquoi, je continue à en consommer de temps en temps. Suffisamment pour pouvoir juger de ce phénomène absent (le "mouvement" entre les genres dont parle Moine) dans la comédie romantique hollywoodienne.

Le film Crazy, Stupid, Love entre précisément dans cette idée. Avec ses belles promesses (peut-être pas aussi grandes que Friends With Benefits paru quelques semaines plus tôt) et son casting à faire rêver, le film des cinéastes Glenn Ficara et John Requa (I Love You, Phillip Morris) joue plutôt la carte des conventions et de la norme. Le héros (ou comme aime le mettre en scène le cinéma hollywoodien, l'anti-héros) joué par Steve Carell est un homme dans la quarantaine qui voit son épouse jouée par Julianne Moore lui filer entre les doigts lorsqu'elle celle-ci lui avoue qu'elle l'a trompé avec un collègue. Toujours convaincu que cette femme est son âme-soeur, le personnage joué par Carell se laissera convaincre par un inconnu rencontré dans un bar (joué par Ryan Gosling) que c'est parce qu'il a perdu ce qu'il lui reste de "masculinité" que sa douce s'est réfugiée dans les bras d'un autre. Le héros prendra donc exemple sur son nouvel ami, véritable tombeur, pour séduire et obtenir toute faveur des femmes et ainsi faire en sorte que la sienne revienne lui manger dans la main.

Crazy, Stupid, Love est un film qui, contrairement à ce que peut proposer son introduction (un couple sur la fin, écorché, brisé qui ne connaît plus aucune passion), vend l'amour. L'amour avec un grand A, celui dont on parle dans les contes de fées, celui qui concerne le concept d'âme-soeur, celui construit de toutes pièces par des films comme celui-ci. En effet, plutôt que de se concentrer sur ce qui peut aider à reconstruire un couple détruit par le temps, la routine et l'habitude (il faut l'avouer, le film tient quand même une excellente prémisse), les personnages incarnés par Julianne Moore et Steve Carell reviennent sans cesse sur leur passé commun pour déterminer leur lien amoureux ainsi que le futur de leur relation (on parle tout de même d'une comédie romantique, le dénouement, nous le connaissons tous !). Ainsi, lors de la finale, les deux tourtereaux se tombent dans les bras, non pas parce qu'ils ont surmontés leurs difficultés, mais parce qu'"ils sont âmes soeurs".

Les intrigues secondaires ne sont guère plus enrichissantes : le personnage de Gosling, tombeur, charmeur et surtout coucheur, tombe amoureux d'une jeune femme (incarnée par Emma Stone) qui remettra en question tout son mode de vie. Il s'agit là d'un véritable cliché de la comédie romantique. Le nombre de films ayant pris ce concept pour le genre se comptent à la pelleté. Mais ce qui dérange ici est encore une fois, lors du dénouement, lorsque ce jeune homme doit passer aux aveux auprès au beau-père qui voit d'un très mauvais oeil cette relation, c'est le sentiment amoureux qui justifie tous les moyens et permet l'harmonie entre les membres de la famille. Pire encore, on ajoute à ces deux intrigues une troisième qui concerne le fils du personnage principal aux prises avec le sentiment que sa baby-sitter est son "âme-soeur". C'est finalement lui qui redonnera naissance aux émotions enfouies du père et lui fera croire à nouveau à ce concept idéalisé par la culture populaire.

Le film de Glenn Ficara et John Requa fait ainsi la promotion, la revalidation et la reconfirmation des règles de la comédie romantique. C'est précisément le genre de films qui réconforte d'abord par son propos, mais également parce que la comédie romantique est certainement un des genres sinon LE genre qui rencontre le moins de ces "interactions'' dont parlait Moine dans Les genres du cinéma. Et c'est sans doute pour cette prévisibilité que c'est le genre de films qui me passionne le moins.

mercredi 3 août 2011

Osheaga 2011


J'attendais avec impatience ce deux jours (j'ai passé mon tour pour la passe 3 jours de cette année, mon porte-feuille et la présence d'Eminem ne me titillaient pas plus que ça) à Osheaga. C'était ma première fois. Et la météo allait être au rendez-vous. Deux journées à voir quelques uns des artistes que je chéris se promouvoir devant une foule (souvent sous l'effets de substances illicites) débordant d'enthousiasme et un soleil plombant.

Samedi a été parfait. Oh Land a débuté à l'heure avec un spectacle d'une demi-heure. Trop courte, trop bonne, la performance de l'artiste danoise aura néanmoins laissé une forte impression sur les spectateurs ainsi que sur les deux amis qui m'accompagnaient. Fidèle à lui-même, le groupe canadien Mother Mother a livré une performance énergique enfilant les pièces pop-rock de leur dernier album (très moyen) et en faisant une belle part (thank God !) à leurs pièces plus connues. Le tandem Oh! My Heart / Hay Loft qui a servi de finale a été un grand moment, sinon LE moment de ce spectacle. Plus tard, c'est Sia qui a pris place pour une dernière fois. En effet, semble-t-il que la chanteuse australienne prendrait sa retraite de la scène... Puis, ma journée s'est terminée avec Yoav, chanteur sud-africain qui fait tout à partir de sa guitare.

Dimanche. Je dois l'avouer, depuis l'annonce de l'annulation de Natalia Kills, j'étais un peu moins enthousiaste. Ellie Goulding et City and Colour devenaient ainsi les deux seuls artistes pour qui je me déplaçais sur l'île Sainte-Hélène. Si Goulding a été sensationnel, ma première déception de la (fin de) journée a été de ne pas entendre la jeune chanteuse britannique faire MA chanson. The Writer, assurément une des plus belles ballades pop des dernières années et la meilleure pièce de son album Lights a, en effet, été snobée du setlist. Naturellement que j'aurais entendu la chanson si le spectacle en avait été un de Ellie Goulding et que celle-ci n'avait pas performé que pendant 30 minutes. Mais j'espérais tellement entendre MA toune, que la déception fut de la partie.

Direction scènes principales pour City and Colour. Le groupe précédent, Beirut, n'avait pas encore fini de jouer. Vingt minutes plus tard (et en retard), ils n'avaient toujours pas terminé de se faire aller les cuivres. Enfin, Dallas Green a entamé son spectacle prévu d'une heure lorsqu'après trois chansons, il s'est adressé à la foule annonçant que sa performance serait écourtée et qu'il ne ferait que quelques autres chansons. De la merde ! De la grosse, grosse merde ! Comment se fait-il que la veille Yoav a été arrêté par les promoteurs avant de faire une dernière chanson sous peine de dépasser son temps et que Beirut ont semble-t-il fait 20 minutes de plus à leur performance ? Et s'ils étaient en retard, je ne crois certainement pas que c'est aux autres groupes de payer ce prix. C'est pourquoi je blâme Osheaga pour ce manque cruel d'organisation et de respect. Pour Green avant tout, mais aussi pour les fans qui, comme moi, se déplaçaient pour entendre plus que 25 minutes de show. Je déplore sincèrement ce qui s'est produit. Je suis d'accord que pour aller à Osheaga et profiter du prix du billet, il faut y passer la journée et je ne voulais que voir mes artistes préférés se donner sur scène. Reste que je trouve que ça fait cher payer mon dimanche. Et c'est pour cette raison que désormais, je ne fréquenterai que les salles de spectacle avec en vedette UN seul artiste. Osheaga, ce n'est pas tout à fait pour moi.