dimanche 2 octobre 2011

Café de Flore : l'amour mystique


On a beaucoup parlé du dernier film de Jean-Marc Vallée. En bien ou en mal, on a discuté des qualités cinématographiques de l'oeuvre et dénoncé les maladresses d'un récit qui ne parvenait pas à trouver écho chez le spectateur. Étrangement. Car Café de Flore raconte la plus vieille des histoires d'amour, celle de l'âme soeur.

En discutant avec deux autres amis cinéphiles, j'ai cru comprendre que le film avait pu toucher. Voire même bouleverser. Or, dans mon cas, le triangle amoureux entre Carole, Antoine et Rose m'a plutôt laissé froid. Si les images de Vallée m'ont conquises, son récit manquait, selon moi, de ... focus. En effet, l'oeuvre de Vallée raconte aussi l'histoire de Jacqueline et de son fils trisomique dans un Paris des années 1960. Si cette partie du récit m'a davantage touché, le problème que j'ai eu avec le film vient du fait qu'on nous nargue pendant la totalité du film à savoir comment ces deux histoires sont liées. Liens ésotériques, pistes mystiques, rencontres spirituelles, livres sur la réincarnation sont tous des éléments du films de Vallée qui m'ont complètement "bloqué" au noyau émotionnel qui semblait s'en dégager. On m'a également fait remarqué que comme l'évoque le personnage de Carole elle-même, si elle s'obstine à comprendre ses trips de somnambulisme, c'est qu'elle veut "trouver une façon de se l'expliquer". Ce "l", c'est bien du deuil de sa relation avec Antoine dont elle parle. Je veux bien croire et accepter que le film emprunte comme prétexte ce lien ésotérique entre les deux histoires pour finalement les mettre en relief et ainsi parler d'amour. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette idée pour la simple et unique raison que ces deux histoires juxtaposées sans les rappels de symboles trop appuyés suffisaient en elles-mêmes pour faire jaillir l'essentiel. Si ces liens n'avaient été que suggérés plus subtilement, laissant sous-entendre une possibilité de lien mystico-spirituel entre les deux histoires, il me semble que les histoires auraient trouvé un meilleur écho émotionnel, du moins dans mon cas. Car le film de Vallée ne fait que nous marteler à coups de renvois entre les deux récits pour mieux nous "tromper". Le dernier plan du film se voulant énigmatique est quand même le plus révélateur. Qu'on l'interprète de la façon que l'on veuille, ce dernier réunie néanmoins les deux récits sous un même semblant d'espace-temps nous invitant à revoir le film pour mieux en apprécier les subtilités. On devra tout de même m'expliquer la pertinence d'une telle finale et surtout d'une telle obstination à vouloir jouer avec le spectateur. Non, me direz-vous, je n'ai pas vu les histoires d'amour à travers tout cela. Car oui, vous dirai-je, elles sont inutilement diluées dans le récit mystico-spirituel qui perd son temps et le spectateur.

Mon autre réserve par rapport au film concerne le personnage d'Antoine et son rapport à la musique. Personnellement, il ne suffit pas qu'un personnage (un DJ qui "aime ça couper le son") soit assis dans sa voiture, pluie cognant contre le pare-brise, clamant bêtement en parlant du groupe islandais Sigur Ros : "ah! une chance qui sont là eux-autres..." pour être convaincu qu'il a une relation bien particulière avec la musique et en être touché (bon, ça et peut-être aussi le fait que Vallée fait jouer seulement 3 secondes et demie de ma chanson favorite du groupe, Fljotavik alors qu'elle devait être entendue au complet !). On l'a souvent dit : "une image vaut mille mots" et faire dire au personnage plutôt que de montrer quelque chose de très fort tout de même sonne carrément faux ici. À ce titre, j'ai préféré la séquence de C'est pas moi, je le jure ! qui empruntait aussi un morceau de Sigur Ros (Olsen Olsen) pour exposer la déception de l'enfance et ainsi créer un pur moment de cinéma. Non, ici la musique, plutôt que d'accompagner Antoine dans ses tourments, n'est qu'employée qu'à titre de spectacle, que pour le simple fait d'utiliser le titre lui-même dans le film. Tout ce qui reste à faire ici c'est se rappeler Marc-André Grondin qui chantait l'enfer de son adolescence (et par le fait même de la nôtre) sur du Bowie. On pensait alors que Vallée avait tout compris.