samedi 19 novembre 2011

Critique : Rihanna - Talk That Talk


Sur le site Slant Magazine, le chroniqueur Matthew Cole faisait la critique du dernier album de Rihanna, Talk That Talk. Un de ses arguments était que la chanteuse originaire de la Barbade était comparable à Britney Spears. Les deux ne seraient finalement que des "marques" ou des noms servant à vendre le produit des plus grands producteurs de musique pop actuelle aux États-Unis. Si à la première lecture, cette comparaison m'a semblé complètement hors propos, j'ai fini par y réfléchir sérieusement (je sais, je pourrais trouver des sujets plus stimulants pour mon cerveau, mais bon, la culture pop, ça me fascine !) et à ne pas trouver le rapprochement si innocent.

Aux premiers abords, Rihanna et Britney Spears peuvent paraître différentes. Je suis le premier à m'être laissé convaincre par cette séduisante idée. Si je croyais qu'elles avaient un parcours foncièrement différent, c'était la faute à un album de la Riri, Rated R. Paru en 2009 et faisant suite aux déboires conjugaux entre la chanteuse et son copain de l'époque Chris Brown. L'album était l'expiation parfaite de cette violence conjugale. Sale, crasseux sur les bords et surtout violent tant dans ses paroles que dans ses arrangements, Rated R était l'album sombre qui allait sortir la belle de son carcan de "chanteuse à singles" et marquer au fer rouge sa carrière musicale. Naturellement, les fans n'ont pas apprécié ce virage plus dur, même si c'était la première fois que Rihanna ajoutait un peu d'âme derrière ces chansons plutôt jetables. C'est pourquoi un an après la parution de ce disque maudit mais fabuleux, Riri et son équipe de producteurs ont jeté sur le monde Loud, suite logique de son prédécesseur. Bourré de hits et de chansons dance (ce que Rated R ne contenait pas vraiment), il a fait danser la planète entière sans toutefois que Rihanna laisse de côté cette énergie sexuelle glauque (S&M, Man Down, Skin). Loud était donc un pas en avant, un pas vers le soleil sans toutefois que les effets de l'obscurité se soient estompés.

Pourtant, en y repensant (je vous l'ai dit, j'y ai réfléchi sérieusement), Britney Spears est passé par sensiblement le même parcours. Sa période noire a aussi été mise en disque et ça s'appelait Blackout. Un peu comme Rihanna, c'est un gravé qui a marqué sa discographie. L'album a été considéré par certains comme son meilleur et son plus avant-gardiste en carrière. Et semblable à sa consoeur, Spears a dû sortir Circus, plus léger et candide, quelques années plus tard pour faire taire les fans qui la trouvaient trop sombre et aussi compenser pour les ventes moyennes de Blackout.

C'est pourquoi lorsque Talk That Talk a été annoncé, on pouvait être en droit à s'attendre au Femme Fatale de Rihanna. Réunissant en plus les producteurs Stargate (qui a travaillé sur Loud) et Dr.Luke (qui a travaillé sur le dernier album de Spears), la chanteuse s'entourait pour offrir un grand retour (est-elle vraiment partie ?). Si avec des titres comme We All Want Love, Drunk On Love et We Found Love, Riri donne l'impression d'être prête à aimer à nouveau, elle est toutefois toujours préoccupée par le cul (Cockiness (I Love It), Birthday Cake et Watch 'n Learn). Sauf que cette fois-ci, cette énergie sexuelle malaisante et glauque qui la caractérisait autrefois n'est présente que pour choquer avec des métaphores telles "Suck my cockiness, lick my persuasion". Le résultat tombe plutôt à plat d'autant plus qu'on annonçait Talk That Talk comme l'album le plus sale en termes de sexe depuis Erotica.

L'autre problème avec Talk That Talk est que Rihanna devrait sincèrement nous laisser respirer entre chaque gravé. Si on ne peut toutefois lui reprocher d'être bien travaillante, la jeune femme incarne (avec en plus ses désormais 20 hits et son futur Greatest Hits de 2 disques) cette jeune génération vivant le moment présent à 200 km/h. Enfilant les singles et les disques à ce rythme, Rihanna pourrait bien être la meilleure incarnation de ce mal d'être et de cette peur de l'oubli. Or, il faut quelques fois apprendre à se faire oublier pour revenir en plus grande force puisqu'ici l'album n'offre absolument rien de transcendant. En plus d'offrir le pire single de sa carrière (We Found Love), Riri et ses producteurs s'auto-parodient. En effet, la plupart des pièces en rappellent d'autres de la jeune chanteuse. Il devient également difficile de prédire quelles pièces seront employées pour des singles (hormis Where Have You Been un mauvais pastiche de David Guetta, mais qui saura faire aller la chevelure à bien des greluches dans les clubs) puisqu'elles manquent cruellement de mordant et de potentiel commercial. Ou encore si une pièce comme Drunk On Love semble séduire, on déchante lorsqu'on se rend compte que c'est l'Intro de The xx qui est repris comme musique de fond. Non, ici le degré originalité est à zéro et celui de l'efficacité s'en rapproche dangereusement.

Difficile de blâmer une instance en particulier. Les producteurs ici paresseux, le côté expéditif et l'image mal canalisée de la chanteuse sont tous des facteurs qui pourraient expliquer cette régression de Rihanna sur le plan musical du moins. Car Rihanna est bien là pour rester. Qu'elle soit périodiquement (lire : annuellement) offrante, elle a désormais sa place dans l'histoire de la musique pop et je ne crois pas qu'elle l'ait volée. Tout ce qu'il reste à espérer est que ce Talk That Talk lui fasse comprendre que quantité ne rime pas toujours avec qualité.

dimanche 13 novembre 2011

COLLABORATION SPÉCIALE : Coeur de Pirate - Blonde


Depuis le 7 novembre on peut enfin se procurer le très attendu deuxième album de Mlle Pirate. Son premier album paru en 2008 avait connu à l’époque un bon succès commercial et critique et avec 600 000 copies vendues mondialement. Et comme c’est souvent le cas pour un deuxième album, on attendait celui-ci avec une brique et un fanal. Mais c’est plutôt une Cœur de Pirate revue et améliorée qui est revenue en force avec des cheveux on ne peut plus blonds et des talons on ne peut plus hauts. (Voir vidéoclip de Adieu).

En vente chez tous les bons disquaires…

Pour commencer, je vais m’intéresser à la pochette de l’album. On constate tout de suite la ressemblance entre celle-ci et celle de son premier album. Est-ce anodin? Je ne crois pas. Je pense plutôt qu’on veut nous présenter le même bon produit mais dans un nouvel emballage. Je m’explique : aussi évident sur la pochette de l’album que dans son contenu, on retrouve la Cœur de Pirate qui nous a fait craquer avec ses chansons enfantines et son inimitable voix, mais on retrouve aussi un ramassis de nouveaux éléments qui selon mon avis ne servent qu’à rendre le produit plus commercial, en particulier pour le public français. On retrouve par exemple en introduction une chorale d’enfants qui ne semble rien apporter de plus à l’œuvre sauf peut être faire joli et nous faire penser au film Les Choristes (un des plus gros succès du cinéma français). On note aussi que le piano a cédé en bonne partie sa place à des arrangements plus complexes et à des sonorités sixties qui sont très appréciées depuis quelques temps et qu’on retrouve chez d’autres artistes comme Duffy, Amy Winehouse, et par moments Adèle. Les titres des chansons aussi servent à rendre le tout plus attrayant, Place de la République, Cap Diamant et Saint-Laurent en sont les meilleurs exemples. C’est comme si avec ces titres, on pouvait tous s’identifier automatiquement aux chansons. D’ailleurs Saint-Laurent est le morceau qui m’a déçu par son manque de contenu, on n’a droit qu’à deux très courts couplets et un refrain incertain; Il s’agit quand même du mythique et incontournable Boulevard Saint-Laurent dont il est question.

Dans son ensemble, l’album est malgré tout une réussite. On y retrouve des petits bijoux comme Adieu qui exprime assez bien le stade de la colère après une rupture ou Verseau qui possède pour sa part une mélodie entrainante qui donne envie de danser même lorsqu’on est assis, sans oublier La Petite Mort qui nous ramène Cœur de Pirate avec son piano et des arrangements musicaux plus sobres.

En conclusion, Blonde est un œuvre faite pour plaire et elle réussit bien sa mission, mais est-ce que dans 20 ans on s’en souviendra? Seul le temps nous le dira, si Beatrice Martin est encore dans le paysage musical francophone dans 20 ans on peut parier que cet album sera fondateur pour sa carrière.

William R. Sober

http://vices-delices.blogspot.com