
Sans être particulièrement approfondi, le texte de Paul Rice fait néanmoins la lumière sur le "problème féministe" que représente Lana Del Rey. Il expose bien comment l'écriture de la jeune femme présente une féminité docile, soumise et désespérée. Ce qui semble en effet choquer, beaucoup plus que son image de Barbie en plastique, c'est "l'impuissance" de Del Rey face à l'autre, en l'occurrence ici, un homme. Le méchant, le bad boy. Depuis plus de vingt ans maintenant, les femmes chanteuses ne font que nous répéter qu'il faut "express youself", être "stronger than yesterday" et que le "girl power" est l'attitude à enseigner aux jeunes filles. Même quand il s'agit de sexualité, on nous a raconté que "shut up and drive" permettait ainsi de se la faire aller sans perdre le contrôle du volant.
Quand Lana Del Rey chante "It's you, it's you, it's all for you, everything I do" ça dérange. Parce que la chanteuse clame des idées qui semblent nous faire reculer des années en arrière, on la qualifie d'anti-féministe. Parce qu'elle préfère jouer à la jeune aguicheuse et s'offrir au plus disgracieux des bad boy, on la condamne. Et parce qu'elle préfère continuer d'aimer et pleurer sur son sort, on qualifie ses histoires de coeur de stupides.
S'il est vrai que les textes de Del Rey ont un air très adolescent dans leur "naïveté", reste que la sexualité et la "féminité" que dégagent la starlette à travers ses chansons (ne l'oublions pas, son son est gracieuseté d'Emile Haynie producteur oeuvrant surtout dans le hip-hop) sont précisément intéressantes parce qu'elles sont différentes de ce que la pop mainstream actuelle nous offre. D'ailleurs, plutôt que de constamment rejeter Lana Del Rey de toutes les sphères culturelles (elle est anti-féministe, elle est non-authentique, elle est non-talentueuse, etc.), il serait peut-être temps de plutôt s'interroger sur le rôle qu'elle pourrait jouer à l'intérieur de ces mêmes sphères, particulièrement la question féministe. Lui permettre de prendre part au discours et à son questionnement plutôt que d'en montrer les limites. Car à force de systématiquement condamner tout ce qui n'entre pas dans le "moule", c'est la culture (pop) qui rencontrera un cul-de-sac. De même que les amateurs de bonne musique.
Oui, Born To Die est pour moi un des meilleurs albums pop que j'ai eu la chance et le privilège d'entendre ces dernières années. La proposition de Lana Del Rey m'apparaît rafraîchissante, intéressante et surtout pertinente. La chanteuse américaine est selon moi injustement jugée et si sa place comme objet du féminisme est revendiquée, son statut de sujet devrait encore moins l'être.